Assurance dommages-ouvrage et décennale : qui assure quoi ?
2 juillet 2026Mis à jour le 5 juillet 20268 min de lecture
L'essentiel
- La décennale est souscrite par l'entreprise qui construit ; la dommages-ouvrage par le maître d'ouvrage, avant l'ouverture du chantier (article L242-1).
- La dommages-ouvrage préfinance vite les réparations, puis se retourne contre l'assureur décennal du constructeur responsable.
- L'artisan n'a pas à souscrire la dommages-ouvrage : son obligation porte sur la décennale.
Sur un chantier, on entend souvent parler de « la décennale » comme s'il n'existait qu'une seule assurance. En réalité, deux contrats distincts et complémentaires encadrent les dommages graves d'une construction : la garantie décennale, portée par le constructeur, et l'assurance dommages-ouvrage, portée par celui qui fait construire. Confondre les deux, c'est risquer de mal se protéger — et de mal conseiller son client.
Deux assurances, deux souscripteurs
La différence fondamentale tient à la personne qui souscrit. La garantie décennale est l'assurance de l'entreprise qui réalise les travaux : maçon, couvreur, charpentier, plombier… L'assurance dommages-ouvrage (souvent abrégée « DO ») est, elle, souscrite par le maître d'ouvrage, c'est-à-dire le propriétaire qui commande la construction. Les deux couvrent les mêmes désordres — ceux qui relèvent de la responsabilité décennale — mais elles n'interviennent pas au même moment ni dans le même but.
La garantie décennale : l'assurance du constructeur
La garantie décennale découle de la loi Spinetta (loi n° 78-12 du 4 janvier 1978) et des articles 1792 et suivants du Code civil. Elle rend le constructeur responsable de plein droit, pendant dix ans à compter de la réception des travaux, des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Son assurance est obligatoire pour tout constructeur au titre de l'article L241-1 du Code des assurances.
Côté artisan, c'est ce contrat qui vous concerne directement : sans lui, vous ne pouvez pas légalement intervenir, et l'attestation qui en découle est réclamée avant chaque chantier. Pour bien la lire, voyez notre guide sur l'attestation décennale, et pour situer la décennale parmi les autres garanties, notre article sur les différences décennale, biennale et parfait achèvement.
L'assurance dommages-ouvrage : l'assurance du maître d'ouvrage
L'assurance dommages-ouvrage est prévue par l'article L242-1 du Code des assurances. Elle doit être souscrite par toute personne qui fait réaliser des travaux de construction, avant l'ouverture du chantier. Son rôle est purement financier : en cas de sinistre relevant de la garantie décennale, elle préfinance les réparations rapidement, sans attendre qu'un tribunal ait déterminé quel intervenant est responsable.
C'est tout l'intérêt du dispositif : le propriétaire n'a pas à supporter des années de procédure pour faire réparer un désordre grave. La DO paie d'abord, puis se retourne contre les responsables. Sans elle, l'indemnisation dépend entièrement de la mise en cause du bon constructeur et de son assureur, ce qui peut prendre beaucoup de temps.
Comment les deux s'articulent
Le mécanisme est celui de la subrogation. Après un sinistre décennal, l'assureur dommages-ouvrage indemnise le maître d'ouvrage, puis exerce un recours contre l'assureur décennal du constructeur reconnu responsable pour récupérer les sommes versées. Les deux assurances ne se cumulent donc pas au bénéfice du propriétaire : elles se complètent, l'une pour la rapidité (DO), l'autre pour supporter in fine la charge du sinistre (décennale).
- Garantie décennale : souscrite par le constructeur (art. L241-1) ; supporte au final le coût du sinistre dont il est responsable, pendant 10 ans.
- Dommages-ouvrage : souscrite par le maître d'ouvrage (art. L242-1) ; préfinance vite les réparations, sans attendre la recherche de responsabilité.
- Point commun : les deux couvrent les désordres de nature décennale (solidité de l'ouvrage ou impropriété à destination).
- Point de départ commun : la réception des travaux fait courir le délai de dix ans.
Le cas de la maison individuelle
Un particulier qui fait construire sa maison est juridiquement maître d'ouvrage : il est, en principe, tenu de souscrire une assurance dommages-ouvrage. En pratique, beaucoup de particuliers la négligent, car la sanction pénale du défaut d'assurance (article L243-3) ne s'applique pas à la personne physique qui construit un logement pour elle-même ou sa famille. C'est pourtant un pari risqué.
L'absence de DO se paie souvent à la revente : lorsqu'un bien est cédé dans les dix ans suivant sa construction, l'acquéreur — et son notaire — réclament l'attestation dommages-ouvrage. Son absence peut faire baisser le prix, voire bloquer la vente. Pour l'artisan, connaître ce point permet de rassurer un client particulier et de rappeler l'intérêt d'être, de son côté, irréprochable sur sa propre décennale.
Ce que l'artisan doit retenir
En tant que professionnel du bâtiment, votre obligation porte sur la garantie décennale, pas sur la dommages-ouvrage — cette dernière relève de votre client. Mais comprendre les deux vous rend plus crédible et vous aide à sécuriser vos chantiers. Rappelez-vous que votre défaut d'assurance vous expose, vous, aux sanctions de l'article L243-3 (jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et/ou 75 000 € d'amende). Pour anticiper le budget, consultez notre page prix de l'assurance décennale ; en micro-entreprise, voyez le guide décennale auto-entrepreneur.
En résumé
Décennale et dommages-ouvrage sont les deux faces d'une même protection : l'une engage le constructeur pendant dix ans, l'autre permet au maître d'ouvrage d'être indemnisé vite. L'artisan souscrit la première ; le propriétaire, la seconde. Bien distinguer qui assure quoi évite les mauvaises surprises au moment d'un sinistre — et fait de vous un interlocuteur de confiance sur le chantier.
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